Si vous descendez la Seine entre Paris et Rouen, vous trouverez que la rivière serpente à travers de nombreuses petites villes avant de se jeter dans la Manche. Les bords de Seine, à Courbevoie, Asnières ou encore Argenteuil, deviennent un sujet de prédilection pour les Impressionnistes. Les effets de lumière et d’ondulation de l’eau sont d’un grand intérêt pictural pour ces artistes. Leur peinture nous renseigne sur la situation géographique et économique de cette portion de la Seine et le caractère social et historique de ces villes. Suivons, avec les Impressionnistes, les bords de Seine pour découvrir comment l’industrialisation affecte une grande partie de ces paysages à la fin du dix-neuvième siècle.

manet seine
Edouard Manet,
Banks of the Seine at Argenteuil, 1874
Oil on canvas



monet argenteuil
Claude Moonet
Autumn Effect at Argenteuil, 1873
Oil on canvas

Situé à une demi-heure en train, de la Gare Saint-Lazare à Paris, Argenteuil est un lieu bien connu du public parisien, et notamment de Monet qui y habite de 1871 à 1876. Loin de la capitale, on imagine Argenteuil comme une petite ville rurale, de détente, de plaisir, et de grande beauté ; les peintures de Monet et de Manet semblent, à première vue, confirmer cette idée. A cette époque, les Parisiens aisés s’échappaient souvent de la capitale le week-end, notamment en passant une journée ou deux en bord de rivière.

Manet peint Bords de la Seine à Argenteuil (1874) lors d’un séjour chez son ami Monet. Les deux figures au premier plan du tableau sont probablement la femme et le fils de Monet : Camille et Jean. Ils contemplent les bateaux, flottant dans l’eau calme devant eux, sous un ciel ensoleillé.

Effet d’automne à Argenteuil de Monet, séduit le spectateur grâce à ses couleurs vives et sa composition qui nous fait avancer le long de la rivière vers la ville au loin. Mais en vérité, Argenteuil à cette époque-là est déjà une ville industrialisée. En 1863, la ville est reliée par un pont et par le chemin de fer à Paris, ce qui incite par exmple les usines métallurgiques Joly (qui réaliseront les piliers de la Tour Eiffel) par exemple à s’y installer rapidement.

Sur les bords de Seine, d’Argenteuil à Bezons, de Pontoise à Courbevoie, on construit dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle des distilleries, des fonderies, des usines à gaz, à caoutchouc, à carton, des teintureries, ou encore d’autres complexes industriels essentiels à la production de biens nécessaires à la vie moderne. Le fleuve, ainsi que l’air autour des bords de Seine, deviennent fortement pollués par cette invasion industrielle. Les peintres n’oublient pas cette réalité contemporaine. Si on regarde minutieusement les tableaux de Monet et de Manet, on voit, au loin, des cheminées d’usines, d’où sort de la fumée qui se mêle aux nuages du ciel. Il semble pourtant, que pour ces deux artistes, Argenteuil demeure un endroit paisible et agréable qu'ils aiment représenter de façon idéaliste, sans y inclure de façon trop évidente ou systématique l’industrialisation et la pollution croissantes des années 1870.

seurat courbevoie
Georges Seurat,
The Bridge at Courbevoie, 1886-87
Oil on canvas

Un peu plus proche de Paris, à Courbevoie, Seurat peint une scène semblable. Au premier plan, la rivière, les arbres, les bateaux et les quelques personnages créent un effet de calme, illuminé par la technique du pointillisme, qui masque presque les fumées d’usine à l’arrière-plan. Cependant, la tonalité grisâtre et froide du tableau intrigue. Suggère-t-elle que le paysage est pollué par les fumées d’usine, ou juste recouvert d’une brume hivernale ? Dans les deux cas, Seurat peint une toile dont l’atmosphère est peut-être plus réaliste que celle des toiles de Manet ou de Monet.

Ici, un autre élément du tableau est important : le pont. Le pont de Courbevoie, achevé en 1869, était utilisé à l’époque de Seurat par les piétons et les charrettes pour passer de Courbevoie à l’«Île de la Grande Jatte», petite île créée par la division temporaire de la Seine à cet endroit. À la fin du dix-neuvième siècle, on compte plus de trente ponts sur la Seine dans Paris, et de nombreux autres autour de la capitale.

pissarro
Camille Pissarro
The Quays at Rouen, 1883
Oil on canvas,

Pour faire fonctionner l’industrie du bassin parisien, il faut sans cesse approvisionner les usines en matières premières et en carburants. C’est pourquoi la Seine devient une route idéale de transport, avec de nombreuses  péniches reliant Paris, Rouen et Le Havre, grand port international. Pissarro habite dans les années 1880 à Pontoise, une ville située en dehors de Paris, en aval d’Argenteuil et de Courbevoie. De là, il peint en 1873 plusieurs toiles représentant les usines qui entourent la ville. Ici, à Rouen, il rejette la possibilité de peindre une ville idéalisée, et décide de représenter plutôt les quais industriels, où les travailleurs chargent et déchargent des péniches dont les fumées s’évaporent dans le ciel. Fasciné aussi par les effets de lumière, Pissarro baigne dans un soleil éclatant les quais, ce qui contraste avec l’ombre dans laquelle sont plongés plusieurs personnages au premier plan. Au loin, il esquisse une église qui devient une fine silhouette dans l’horizon.



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