Depuis le milieu du dix-neuvième siècle, certains artistes à Paris se rebellent contre les contraintes de l’École Nationale des Beaux-Arts et son exposition annuelle, « Le Salon ». Pour réussir en tant qu’artiste à Paris au dix-neuvième siècle, il faut plaire au jury du Salon, pour obtenir un soutien financier et se doter d'une bonne réputation. Selon les conventions de l’époque, l’art devait représenter un sujet sérieux et important, comme un épisode biblique, un mythe, une allégorie ou encore un paysage pittoresque, de préférence comprenant des éléments classiques ou des ruines. Les artistes des beaux-arts étaient censés copier les sculptures et les peintures des maîtres afin d’apprendre à dessiner en trois dimensions. Ils devaient aussi faire d’innombrables études préparatoires pour leurs peintures, notamment pour les toiles aux sujets historiques, généralement très grandes, qui exigeaient un traitement technique minutieux. Par conséquent, les murs du Salon étaient couverts de grandes peintures représentant des Vénus, des épisodes bibliques, ou encore de grands paysages idéalisés.

manet dejeuner icon
Edouard Manet,
Le déjeuner sur l'herbe, 1863 - 67
Oil on canvas
En 1863, Édouard Manet soumet son Déjeuner sur l’herbe : la toile est refusée. Selon le jury, le paysage est mal peint, les femmes (l‘une entièrement nue et l’autre ne portant que des sous-vêtements) étaient loin d’avoir des corps idéaux. De plus, la juxtaposition d’hommes habillés aux côtés de ces femmes nues était moralement inacceptable. Malgré les critiques acerbes, la toile de Manet devient célèbre, ce qui le pousse à peindre trois autres versions du Déjeuner pour maximiser ses ventes ! La version qui appartient au Courtauld est l'une de ces copies.

Suivant l’exemple de Manet, plusieurs autres jeunes artistes commencent à peindre à leur façon, sans se soucier de faire bonne impression au Salon. Avec l’invention des tubes de peinture prêts à utiliser, ainsi que des chevalets portables et des toiles préfabriquées, les artistes deviennent libres de sortir de leurs ateliers pour peindre en plein air. Monet, Renoir, Sisley, Pissarro et Degas commencent à représenter la vie moderne qui se joue sous leur regard, refusant d'avoir recours aux mythes et à l’imagination pour composer leurs toiles. L’expression ‘peindre en plein air’ est tout de même à nuancer : une toile qui avait été commencée à l’extérieur était souvent achevée en atelier ; de fait, peindre en plein air se limitait souvent à produire quelques esquisses, ou à prendre une photo.

Renoir's La Loge
Pierre-Auguste Renoir
La Loge, 1874
Oil on camvas
Il faut plutôt comprendre la notion de " plein air " comme " sous le regard " , ou encore " sujet connu " . Renoir, par exemple, dans son tableau La Loge, choisit un sujet qu’il a lui-même vu et observé fréquemment, plutôt qu’un sujet que l’imagination seule pouvait recréer.  On l’imagine cependant mal, encombré de son chevalet, de sa palette et de ses tubes de peinture en train de peindre La Loge pendant un spectacle au ballet ou à l’opéra.

La Loge de Renoir est présentée à la première exposition que de jeunes peintres (Monet, Degas, Sisley, Pissarro…) organisent ensemble en 1874. Le sujet – une soirée au théâtre, un jeune couple à la mode – est vraiment moderne pour l’époque et évoque la société parisienne de façon attrayante. Au cours des douze années suivantes, jusqu’en 1886, ces jeunes artistes, appelés les ‘Impressionnistes’ organisent huit expositions ensemble. Bien qu’ami de tous ces peintres, et partageant certaines de leurs expériences techniques, Manet ne participe jamais à ces expositions.


monet argenteuil icon Claude Monet
Autumn effect at Argenteuil, 1873
Oil on canvas

C’est grâce à un des tableaux de Monet que les Impressionnistes trouvent leur nom. Eugène Leroy, critique d’art lors de l’exposition de 1874, juge sévèrement une peinture de Monet, Impression, soleil levant. Il écrit qu'en dépit du titre, il n’est pas «impressionné» par ces toiles qui ne sont que de simples esquisses. En parlant d’esquisse, Leroy fait référence aux coups de pinceau bien visibles sur la surface de la toile, qu’on observe aussi dans Effet d’automne à Argenteuil.

Pour les Impressionnistes, cet effet d’esquisse est la preuve qu’un artiste crée  la toile de ses propres mains, et rend la peinture plus immédiate, notamment dans l’interprétation du paysage. Les coups de pinceau visibles présentent en même temps une occasion de refléter les effets de lumière, de poser sur la toile quelque chose de lumineux et de subtil. Remarquez dans les arbres la variété des couleurs utilisée par Monet où l’on passe de l’orange au violet, du rose au bleu.


cezanne lac annecy icon
Paul Cézanne,
The Lac d'Annecy, 1896
Oil on canvas
Cézanne expose souvent avec les Impressionnistes, mais il est surtout connu pour être ‘Post-Impressionniste’. Il s’intéresse plus précisément à la pureté des formes et des couleurs. Ses toiles sont toujours figuratives ou représentatives d’un sujet, mais souvent tellement simplifié afin que les lignes et les contrastes de couleurs ressortent fortement. Dans une lettre de 1904, Cézanne écrit qu’«il faut traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône». En peinture, il cherche à mettre l’accent sur les formes universelles et simples, préférant peindre les vrais éléments de la nature, plutôt que représenter un sujet ou donner un sens particulier à une composition, qu’il considérait comme secondaire. En 1910, un critique d’art anglais, Roger Fry, organise une exposition à Londres, pour laquelle il invente le terme «Post-Impressionnisme». Ce terme définit la différence entre les Impressionnistes, qui essayaient de représenter «la vie de tous les jours», et Cézanne et Gauguin, qui peignaient «la vie intellectuelle».



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