Les peintures impressionnistes et post-impressionistes de la galerie Courtauld sont une mine quant à leur technique, facture et fabrication. Il est souvent facile de discerner à l’œil nu la façon dont le peintre a utilisé son pinceau.  On peut voir par exemple s’il a délibérément laissé une partie de la toile vierge, ou s’il se différencie d’autres artistes en rejetant une technique typique de son époque. Pour certains artistes, la façon de peindre et l’innovation technique sont tout aussi importantes que le sujet de leurs toiles. En sculpture, le processus de fabrication - qui est d’une extrême importance - est souvent très compliqué : le modelage de la terre cuite, ou du plâtre, n’est que la première étape. Le sculpteur crée un modèle - un buste par exmple. Une fois le modèle sculpté, un artisan expérimenté en fait une copie exacte, soit en taillant de la pierre (comme le marbre), soit en créant un moule pour faire un coulage en bronze. 


 

sisley
Alfred Sisley
Boats on the Seine, c. 1877
Oil on canvas

Sisley a laissé vierge une grande partie de la toile, en particulier autour des nuages : cela suggère qu’il a peint sa toile  assez vite, sans prendre le soin de recouvrir toute la surface. Cette peinture est beaucoup moins raffinée que des toiles d’artistes plus classiques. Un artiste de la Renaissance aurait, au contraire, passé beaucoup de temps à faire des études préparatoires avant de créer une composition finale minutieuse. Mais pour les Impressionnistes, l’essentiel était de peindre l’immédiat, de représenter ce qu’on pouvait voir devant soi de façon instantanée, plutôt que de créer un tableau à l’esthétique conventionnelle.  


 

degas ombrelle
Edgar Degas
Lady with a Parasol, 1870-72
Oil on canvas

 Cette peinture a été trouvée sur le chevalet de Degas à sa mort en 1917. Il en a produit une version plus grande et plus détaillée qui représente une femme semblable regardant une course de chevaux. Il est possible que ce tableau soit une étude pour la version finale et que ce tableau soit donc inachevé. Cependant, il y a une ressemblance forte entre les ombres et l’effet de silhouette créés par Degas, et une photographie, en noir et blanc, d’une femme à ombrelle qui serait éclairée de derrière. La photographie est inventée et développée au dix-neuvième siècle, et le concept du " cliché photographique " - informel, rapide et réaliste - fascinait et stimulait les Impressionnistes. Degas s’en servait comme source d’information et d’inspiration pour ses propres peintures.


 

degas danse
Edgard Degas
Dancer looking at the sol e of her right foot, 1880s
Bronze cast, 1919-20

Plusieurs petites sculptures en cire et en plâtre, souvent rêches et inachevées, furent trouvées dans l’atelier de Degas à sa mort. Ce petit bronze a d’ailleurs été fondu à ce moment-là. Le collectionneur qui les a ensuite achetés décide de les faire fondre en bronze afin de les conserver pour la postérité. Mais pourquoi Degas n’avait-il pas préservé ses sculptures lui-même ? Degas ne les voyait pas comme des œuvres finies, elles n’étaient pour lui que des études préparatoires, des idées en trois dimensions. Elles étaient une expérimentation artistique personnelle, non vouées à être exposées publiquement. En ceci, elles font écho à leur sujet : cette danseuse qui s’échauffe en coulisse, n’est pas vouée à être vue de son public sur scène.



 

seurat courbevoie
Georges Seurat
The Bridge at Courbevoie, c. 1886-87
Oil on canvas

Cette toile est tout autant une expérimentation scientifique sur la couleur qu’un tableau figuratif. Au dix-neuvième siècle, de nombreux savants s’étaient penchés sur l’optique et avaient élaboré des théories sur la couleur. Ils avaient notamment découvert que les couleurs réagissent l’une avec l’autre, et que l’œil humain n’était pas toujours capable de discerner des touches de couleur différentes. En effet, si l’on met côte à côte un point rouge et un point bleu, l’œil voit un point violet, tout comme il voit un point orange si l’on juxtapose un point rouge et un point jaune. En peinture, le pointillisme désigne la technique d’apposer des petits points de couleurs purs l’un à côté de l’autre, pour que l’œil humain - et non pas le peintre avec sa palette - " mélange " les couleurs, . L’effet d’ensemble est que la toile entière semble floue.


 van gogh autoportrait
Vincent Van Gogh
Self-Portrait with Bandaged Ear, 1889
Oil on canvas

Van Gogh, comme Seurat, s’intéresse aux effets des couleurs. Plutôt que de mettre des petits points l’un à côté de l’autre, il utilise des traits de couleur pour atteindre un effet semblable. Son manteau, par exemple, est composé de traits d’un camaïeu de couleur bleu-vert, qui non seulement suggère la texture du tissu, mais aussi donne une couleur saisissante au manteau. Le mur du fond de son atelier est composé d’un vert plus pâle, mélangé à un violet pastel : ces deux couleurs, presque contradictoires, produisent un effet lumineux, au fur et à mesure que notre œil découvre la toile. L’élément le plus singulier du tableau est sans doute le visage. Les tons d’orange, de vert et de violet ne contribuent pas seulement à créer une image animée de l’apparence physique de Van Gogh, mais aussi à suggérer son propre désordre physique et affectif. Quand il peint cette toile, Van Gogh sort tout juste de l’hôpital, où il avait été admis après s’être coupé l’oreille, suite à une dispute avec son ami, le peintre Paul Gauguin.


 

cezanne still life
Paul Cézanne
Still Life with Plaster Cast, c. 1894
Oil on canvas

Les artistes qui étudiaient à l’Académie des beaux-arts à Paris au dix-neuvième siècle, apprennent à dessiner en examinant des copies en plâtre des sculptures des grands maîtres. Cézanne présente ici l’« outil » de travail, une copie d’une sculpture de Louis Puget. Il ne l’utilise cependant pas pour s’exercer aux leçons de perspective ou d’anatomie.  Même si la sculpture semble conserver de bonnes proportions, les pommes et les toiles que l’on voit dans l’arrière-plan ne sont pas à échelle : la pomme au fond de la salle est plus grande que celles qui sont sur la table au premier plan, et il est très difficile de comprendre si le tissu bleu forme sur la gauche du tableau une partie de la nature morte sur la table, ou une partie de la toile peinte apposée au mur. Pour Cézanne, l’essentiel n’est pas de faire un tableau qui ressemble exactement à la nature, mais de rejeter tout tentative de peindre une illusion et de représenter des formes et des couleurs en tant que telles.

 


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